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07/04/2009 |
Journal du Textile FRA |
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N°1996 |
Circulation 9824 |
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Pag. 45 |
Le jean tente de se mettre au régime sec |
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Machja Coporate |
Spécial Jean Dossier
Pour le moment, nécessité oblige, les marques ayant réfléchi sur le sujet de la teinture indigo -elles restent encore rares aujourd’hui- ont été contraintes de se tourner vers les composants entièrement chimiques. La marque de jeans éthiques et bio Nu a opté pour des teintures labellisées Oeko-tex-100 ce qui inclus qu’elles ne comportent pas de substances reconnues nocives pour la santé. « Ces teintures sont de meilleur qualité que les teintures basiques et présentent l’avantage de nécessiter une consommation d’eau plus restreinte, explique Maxime Guillon un des fondateurs de la marque avec Jean Philippe Pete. En aval nous travaillons avec des partenaires qui sont reliés à des stations d’épuration. » La marque a cherché durant plusieurs mois les bons partenaires et s’est tournée finalement vers deux tisseurs, les turcs Orta Anadolu et Bossa, qui ont une expertise dans le traitement des fibres en coton bio. « Ces tisseurs ont l’habitude de travailler depuis plusieurs années sur les marchés allemands et autrichiens, qui bénéficient d’une culture écologique plus avancée que la notre, souligne le dirigeant. Dans la mesure où nos jeans sont en coton bio-labellisés Gost, nous avions aussi besoin de leur expérience sur ce point. »
L’autre grand volet de réflexion, pour les marques soucieuses de préserver l’environnement réside dans les opérations de délavage. Nu a choisi finalement de travailler avec Arex, en Tunisie. Un des arguments déterminants dans ce choix a été la station d’épuration que possède le denimier. « Nous avons optés pour un délavage simple à 40°C avec une addition de sodium », précise Maxime Guillon. Exit, dont, les pierres ponces, les enzymes, le permanganate ou encore les enductions en résine imprégnée de formaldéhyde pour donner un aspect brillant et « tenu » au jean. « Ils se peut que nos jeans dégorgent un peu lors des premiers lavages, poursuit le jeune homme. Pour limiter cet effet, nous conseillons à nos clients de les laver à froid, ce qui, en plus, permet de faire de l’économie d’énergie. C’est de toute façon une habitude qui devrait être courante pour ce type de produit.
Méthodes mécaniques
De son coté, Ekyog a tâtonné longtemps avant de lancer le premier jean dans ses collections de prêt-à-porter féminin. « Nous avons commencé il ya trois ans avec du denim teint de couleur bleu, raconte Nathalie Lebas, fondatrice de la marque avec Louis-Marie Vautier. Nous avons fini par trouver le bon partenaire en Turquie et nous lancerons pour la prochaine saison un jean bio indigo certifié Oeko-Tex et délavé uniquement par des méthodes mécaniques. » La jeune dirigeante préfère garder secret le non de son partenaire tant les places sont chères pour trouver les bons partenaires et les conserver. Concentré dans le basin méditerranéen, ils se comptent sur les doigts d’une main et ne peuvent pas toujours répondre à toutes les demandes des marques éthiques dont les quantités restent minimes au regard des commandes des grandes marques de jeans. Pour ces prestataires, le développement de cette activité ne représente qu’un très faible volume au regard de leur production globale.
Quant à aller s’approvisionner vers des zones géographiques plus lointaines, les marques éthiques, en toute logique ne sont pas prêts à sauter le pas. « Nous travaillons avec le groupe Sartex en Tunisie, explique Sébastien Bouillot responsable de la production chez Ober (groupe Lafuma), pour notre gamme de jeans bio, il serait impossible d’aller sourcer en Inde ou en Chine pour plusieurs raisons. Ce type de projet nécessite une attention particulière et une réelle proximité, afin de pouvoir effectuer des contrôles réguliers. En outre les critères environnementaux qui dominent en Asie ou en Inde sont très en dessous des exigences émises par nos labels. Enfin les couts de transport en matière d’énergie seraient incompatibles avec une démarche écologique et éthique. »
De son coté, la marque Corse Machja a décidé pour ses jeans de mener de front 2 projets et de développer ainsi deux filières différentes. La marque travaille avec de la teinture végétale venant d’inde et va lancer pour l’été 2010 ses premières pièces confectionnées au Vietnam, dans un atelier artisanal qu’elle a monté de toutes pièces avec l’aide de l’Ong Fair Fashion. En parallèle, elle développe une gamme de jeans labélisés Oeko-Tex dont la toile provient de l’espagnole Tavex. La confection et le délavage-réalisés à partir des enzymes naturelles-sont effectués en Tunisie par le français Bleu Océane. « Il est important d’ouvrir de nouvelles voies de recherche, explique Catherine Soundirarassou créatrice de la marque avec Jean-Louis Rossi. Il est évident que les solutions parfaites n’existent pas. C’est en cherchant que nous pourrons explorer d’autres techniques de teinture et de délavage moins polluantes et moins consommatrices d’eau. Notre production en teinture naturelle ne pourra jamais atteindre des quantités industrielles, mais elle existe, prouvant ainsi qu’il ya des alternatives possibles. Plus les industriels travailleront à nos cotés pour explorer ces voies de recherches, plus nous aurons de chances de trouver. »
Un vœu pieu que suivent quelques industriels audacieux et visionnaires. Encore trop peu nombreux au dire des marques éthiques en quête de bons partenaires. Quant à la législation Reach sur les produits chimiques, elle ne marque qu’un premier pas dans ce type de marché.
AGNES LEGOEUL.
Le denimier Tavex veut alléger ses teintures
Le denimier espagnol Tavex travaille le coton organique depuis quatre ans et les teintures naturelles depuis six mois seulement. « Une teinture denim basique représente de 10 à 12 produits chimiques différents, le poids de colorants atteignant ainsi de 2 à 10% du poids total du produit, auquel s’ajoute encore 1% pour l’apprêt, explique David Bardin, le représentant français de Tavex. Nous travaillons avec le chimiste Dye Star pour mettre au point des teintures plus légères, moins nuisibles pour l’environnement et moins consommatrices d’eau. Nous avons lancé notamment le Baby Indigo. Nous travaillons aussi sur le projet Amazone Tex qui consiste à mixer des teintures avec des procédés chimiques. »
Ces teintures de nouvelle génération représentent un surcout de l’ordre de 6 à 7% mais en affichant parfois d’autres avantages qualitatifs comme une bonne tenue du tissu (sans apprêt) et une résistance correcte au lavage. En matière de délavage, le dinimier propose aussi des techniques comme le Water soft ou l’amazone Wash, à base de produits moins agressifs et de techniques moins consommatrices d’eau et moins polluantes.
Si Tavex a décidé de s’intéresser à ces questions, c’est autant à sa propre initiative que sur demande de certains de ces clients ou prospects. Pour le momachjament, le coton organique traité avec ce type de technique ne représente que 4% du chiffre d’affaire global de Tavex Europe. « C’est un travail de fond que nous réalisons pour offrir des produits avec un surcout global limité à 10%, sinon, nos clients et nos consommateurs ne sauteront jamais le pas, poursuit David Bardin .Cela prendra sans doute beaucoup de temps. Mais il était important pour Tavex de se positionner sur ces marchés émergents, qui n’ont rien d’un effet de mode. Ce sont de vrais mouvements de fond qui se profilent dans nos métiers. »
A.L.