Innovation Deux jeunes Bastiais «prennent le maquis » pour signer une ligne de vêtements décontractée, facile à vivre, « cool, chic et éthique »
On le porte de préférence taille basse, bien moulé sur les hanches : mais avec son jean, on porte aussi 300 grammes de ...pesticides et d’engrais sur sa conscience. C’est la dose pour obtenir le volume de coton -« la culture la plus polluante au monde »- nécessaire à la fabrication d’une pièce.
Beaucoup s’en accommodent, pas eux : Catherine Soudirarassou et Jean-louis Rossi voulaient créer quelque chose en accord avec leur philosophie de vie, ils ont, ils ont mis au monde «Machja ».
Retour en arrière : on est en 2005 à Paris. Diplômés d’écoles de commerce, spécialisés dans le marketing, ils rêvent d’un come back en Corse et projettent le lancement d’une marque textile. « On était à la fois en recherche de sens et de réinstallation dans l’île », disent-ils.
Au pays basque, des marques locales se développent, « la mode surfe sur les tendances identitaires et les emplois suivent, pourquoi ne pas décliner la formule en Corse? »
« Dans l’air du temps »
Ils optent pour les commerces spécialisés, l’équitable et le bio. La décision est prise, ils mettent le cap sur l’Inde à la recherche d’un producteur en harmonie avec leurs convictions. Et l’aventure les conduit dans un couvent de franciscains où travaillent des personnes handicapées ou issues des basses castes. «Les employées sont logées, nourries, formées dans de bonnes conditions, rémunérées correctement et nous fournissent de très bon produits à partir d’un coton 100% bio », assure Jean-Louis Rossi.
Machja fait ses premiers pas avec une ligne de vêtements maison au style épuré et douillet, très confort : « cool, chic, éthique, et conforme à nos objectifs, c’est-à-dire entrer dans une consommation plus durable tout en restant ouvert et dans l’air du temps ».
Tandis que les premiers modèles voient le jour, ils innovent avec le « jean bio » et quelques grandes marques leur emboitent le pas. On les retrouve deux ans plus tard : ils ont arrêté leur activité première pour se consacrer à plein temps à Machja dont les produits sont commercialisés sur internet et dans une cinquantaine de boutiques (Paris, Lyon, Toulouse entre autres mais aussi Londres et Barcelone).
Des pulls en fibres de lait
Entre deux voyages en Inde pour superviser la production, ils sont allés en Chine pour « tricoter » des pulls en fibres de lait en vue de la prochaine collection automne-hiver. « On continue à privilégier les matériaux écoresponsables, et on intègre bientôt les premières boutiques multimarques. En septembre ce sera notre baptême du feu », affirme Jean-Louis Rossi.
En Corse, la marque n’a pas encore réussi à s’imposer, le marché insulaire est peu réactif, « nul n’est prophète dans son pays, on le sait, mais on espère pouvoir un jour monter un atelier ici et créer de la richesse ». HELENE ROMANI
Jean-Louis Rossi, un des créateurs de la ligne de vêtements bio « Machja ».Une nouvelle sirène de la mode chic et choc. (Photo Gérard Baldocchi)