Le Monde
MODE SALON DU PRET-A-PORTER DE PARIS
A l’initiative des créateurs, la mode « éthique » joue la carte chic
Fini le temps où l’on s’achetait une bonne conscience à coups de robe de bure ou de tee-shirt informe. Cette année, la mode éthique est très... mode. Lors d’un petit tour au salon du prêt-à-porter, qui s’est tenu du jeudi 1er au dimanche 4 février, à Paris, on avait envie de tout : des pulls fins en fibre de lait, des sacs à main multicolores tressés en papiers bonbons, des corsets brodés en tweed recyclé, des sous-vêtements flashy en fibre de bois ou des bottines en patchwork de cuir, hévéa et tissus.
Illustration de l’effervescence d’un secteur, les créateurs viennent de toute planète, à l’instar de cette styliste de Los Angeles, Deborah Lindquist, qui habille les célébrités comme Sharon Stone, Carmen Electra ou Paris Hilton de bustiers en tissu kimono, de fourreau en mosaïque de cachemire recyclé. Où cette Londonienne, Sarah Ratty, dont la griffe écolo Ciel est l’une des favorites du mannequin Kate Moss. « En moins de trois ans, l’éthique est passée de l’alimentaire à l’habillement, du café au coton, souligne Matthew Allen, le directeur du département So Ethic au Salon. Ainsi, en février 2006 au Salon du prêt-à-porter, nous avions 18 marques, puis 43 en septembre. Cette saison, elles sont 70, ce qui fait de nous le premier Salon de mode éthique au monde, avant Londres.»
Ces entrepreneurs font souffler un vent frais sur un prêt-à-porter uniformisé à l’échelle mondiale. D’un stand à l’autre, c’est un fourmillement d’idées, de couleurs, de créativité. Avec cette même préoccupation : que la mode éthique s’adresse à tous, et pas seulement aux militants de telle ou telle cause. « Je veux démocratiser le commerce équitable en pratiquant un prix doux, c’est pourquoi je vends en direct sur Internet », dit Catherine Soundirararssou, qui, avec sa marque de lait aux propriétés antitranspirantes et hydratantes pour 110 euros, ainsi que de jolis tee-shirts et robes en coton bio à, respectivement, 30 et 50 euros. Le label Nahui-Ollin récupère, lui, des emballages de caramel qui sont ensuite découpés en bandes et tressés à la main par 700 artisans mexicains, selon un art traditionnel du pays .La pochette du soir sera vendue autour de 25 euros et le petit sac avec une anse en cuir, 60 euros.
Pour faire de l’éthique chic, ces jeunes sociétés n’hésitent pas à s’allier les compétences de designers. C’est le cas d’Article 23, un label mode fondé en 2006 par l’entrepreneur Frédéric Bailly et Adam Love, styliste et collaborateur notamment de Karl Lagerfeld ou d’Antik Batik. Du boléro en jersey bio à la robe à plastron en popeline, ceinturée d’un plissé smoking, cette ligne blanche et noire à l’élégance épurée n’a rien à envier aux grandes griffes. Les boots (environs 176 euros) et souliers (140euros) de terra plana, en matières recyclées et teintes avec des végétaux, sont quant à eux dessinés par de jeunes diplômés des, meilleures écoles d’art de Londres.
En décidant de ne pas sacrifier le style au nom du développement durable, la mode éthique pourrait bien sortir du ghetto et pénétrer la grande distribution. Déjà, la chaîne de vêtements H & M proposera, le 1er mars, toute une collection en coton bio, pour les jeunes, les femmes et les bébés.
Véronique Lorelle
Coordonnées
Article 23 : des vêtements 100% bio et équitables, labellisés Max Havelaar. Internet : www.article-23.com
Ciel : garde-robe en coton bio, alpaga du Pérou, etc. Internet : www.ciel.ltd.uk
Deborah Lindquist : Corsets et robes en tweed, kimonos recyclés :
Internet : www.deborahlindquist.com
G= 9,8 : lingerie pour toute la famille, en fibre naturelle de bois. Site : www.g98.fr
Machja : robes et jeans en coton bio, pulls en fibre de lait. Internet : www.machja.fr
Terra Plana : Souliers, bottes réalisés sans chrome ni clous avec des cuirs et autres matières, teinture végétale. Internet : www.terraplana.com